Dictionnaire amoureux de l'Orient

Dictionnaire amoureux de l orient

 

Image associéeUn dictionnaire n’a rien de romantique. Un dictionnaire aussi bon soit-il ne laisse rien transparaître de la vie de ces auteurs. La collection « Dictionnaire amoureux... » publiée aux Editions Plon nous transportent dans un « made in ailleurs », dans un univers de la culture ou des cultures du monde. Chaque auteur évoque soit au gré de ses souvenirs soit au cœur de ce qui est « un lieu de vie » pour lui... son univers. Avec ce volume édité en mars 2016, nous avons une évocation personnelle de l'Orient, par René Guitton que l’on ne présente plus, inspirée des relations de voyage des écrivains, de l'étude des civilisations de la Mésopotamie, de l'Egypte pharaonique, des Perses ou de Byzance. René Guitton fait appel aux souvenirs qu’il a de « ses vies » passées au Liban, en Turquie, en Israël et en Palestine, en Arabie saoudite et dans les Emirats. Ce n’est donc pas d’abord la compilation qu’en fait un érudit mais véritablement ce qui tisse l’auteur au plus profond de ses entrailles.

couverture dictionnaire amoureux de l'orientLe premier mot de ce nouvel opus est un cri : « L’Orient ! ». Tout est dit ici au point qu’il faudrait sans doute ajouter des points de suspension et tenir sa respiration... L’Orient nous prend, nous avale, nous mène et nous tient. L’auteur le dit dans l’Avant-Propos : « Cette région du monde a souvent suscité une passion dévorante, envoûtante même, de nature à épuiser l’énergie des âmes les plus robustes, une passion qui en valait bien d’autres et à laquelle beaucoup ont sacrifié immodérément ». Chacun se façonne son Orient, si bien que j’ai eu la curiosité de regarder si dans la table des matières [1] apparaissait le nom d’Edward Saïd ; grand pourfendeur des orientalistes ! Son livre s’intitulait « L’orientalisme ». Il n’y est pas non plus... Ecrire un dictionnaire sur l’Orient pourquoi pas. « Une idée folle », annonce René Guitton. « Un désir qui s’est enraciné en moi... ». L’amoureux de l’Orient souscrit aisément à ce point de vue parce qu’il le vit. Il le sent. Il le pressent. Il est comme un murmure qui pousse chaque mot de ses 710 pages. Cet Orient qu’il tente de définir avec des mots simples et chaleureux n’est pas fermé sur lui-même. Il avoue à celui qui le lit que cet Orient « n’est pas un amour aveugle ». Il n’est guère plus nostalgique. Il n’oublie ni la nahda, ni la Question d’Orient « qui mobilise les chancelleries à partir de 1830... ». Chacun écrit donc son dictionnaire avec les mots de sa mémoire, les odeurs, les cris, les joies, les peines, les musiques ; et surtout les gens... les « Orientaux » comme l’on dit ! Il n’est pas le seul auteur à s’être livré à cet exercice exigeant puisqu’on compte aussi Elias Sanbar, Malek Chebel, Robert Solé, Alexandre Najjar, Jean-Yves Leloup... On peut le lire dans tous les sens et commencer aussi bien par la fin que par le début ; et quoique vous fassiez quand vous aurez fermé le dictionnaire de René Guitton il vous restera toujours... un désir d’Orient !

Père Patrice Sabater Pardo, cm

[1] Que l’on se rassure les termes que l’on ne trouve pas dans l’index sont sans doute cachés dans le corps du texte.