Gens de Gaza Vivre dans l'enfermement

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Le livre que publient les Editions Riveneuve est original par son format, par son contenu et par son intention. Il se fait l’écho de ou fait écho à  la situation critique des Gens de Gaza, au nombre de plus de deux millions vivant depuis 1948 dans un  enfermement quasi total, et sans que la communauté internationale s’en émeuve. L’intention est pédagogique : c’est un livre au format cahier avec cartes et photos couleurs, une bibliographie et une filmographie assez bien fournies et développées. Les auteurs y ont ajouté, en fin d’ouvrage, un DVD multilingue comportant des témoignages vibrants et percutants ainsi que des scènes de vie. L’intention est sans doute de donner aux lecteurs la possibilité de s’informer et de comprendre et, ensuite, de proposer à d’autres le film et le livre l’accompagnant ; et inversement. Cette invitation nous est proposée par Christiane Hessel, veuve de Stéphane Hessel, défenseur de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Le couple Hessel a toujours soutenu les Palestiniens de Gaza au titre des Droits universels, et pour que le monde ne détourne pas le regard. Stéphane Hessel, Président d’honneur du Tribunal Russell sur la Palestine, en mars 2009 à Barcelone, avait poursuivi avec d’autres ce soutien indéfectible.

L’homme, à Gaza, apprend à survivre depuis sa naissance dans un espace très resserré d’environ 360 km2. La population qui ne cesse d’augmenter doit affronter de graves pénuries concrètement ordonnées et planifiées par l’Etat d’Israël. L’horizon professionnel, éducatif et humain est aussi limité que celui qui compte les rares arpents de terre. Le Gazaoui vit au jour le jour avec mille choses traversant son esprit : les rêves, les désirs, la soif de liberté, de travailler, d’étudier et de voyager. Mais que faire dans cette prison à ciel ouvert ? Le jeune se lève le matin, déjeune, puis prend le repas de midi, dîne, et se couche comme hier… sans que les choses aient changé pour lui, comme ce fut le cas pour son père, son grand-père, et peut-être son arrière grand-père ! 66% de la population a moins de 25 ans. « Ici à Gaza, on est condamné à se taper soit contre les autres, soit contre les murs », raconte un jeune diplômé.

A chaque moment, les avions, les drones ou les embarcations militaires les rappellent à leur sort. Ils n’ont rien connu à part la guerre, la faim, les attentats, la violence et la « vengeance » qui ont le temps de mûrir. Une vraie cocotte minute ! Dans ce contexte tendu où tout est rare et cher (gaz, essence, matériaux…), les Nations Unies tirent très sérieusement la sonnette d’alarme en ce qui concerne l’eau. Selon leurs estimations et leurs études, la Bande de Gaza ne sera plus un territoire viable d’ici 2020…, étant donné que la  nappe phréatique est gorgée d'eau de mer. L'eau, souvent saumâtre, est quasiment toujours salée lorsqu’elle coule du robinet domestique.

Le livre ici présenté est un travail collectif conçu, porté et écrit à partir de rencontres et de témoignages entre 2011 et 2016. Le livre est aussi didactique dans le sens où il resitue cette étroite terre du Proche-Orient au cœur de l’Antiquité et de l’Histoire. Il jette, en fin d’écriture, des pistes et des questions pour aujourd’hui et pour demain. En cinq chapitres, les contributeurs décrivent la réalité de la vie quotidienne si insupportable à Gaza. Rien n’est éludé au fil des 176 pages de ce livre au sujet des divisions palestiniennes, du blocus…

Les habitants de la Bande de Gaza ne survivent qu’avec le soutien des dons des Nations Unies depuis soixante-dix ans. Au-delà et au cœur même de la résilience de ces Palestiniens qui se battent fièrement pour leurs droits, il y a aussi cette amertume qui ronge au jour le jour. Ce regard qu’ils portent sur eux-mêmes ; c’est-à-dire ce sentiment honteux d’être seulement des assistés ; et pourtant ils voudraient être des hommes ! On touche, ici, à la fibre la plus ontologique de l’être oriental fait de fierté et de courage… De Gaza, on ne connaît que les tensions politiques entre Fatah et Hamas, les bombardements, les accrochages, la représentation politique très diversifiée, et on connait moins les chrétiens qui y vivent. Ils étaient, toutes confessions confondues, plus de 3500 chrétiens il y a trois ans ; et aujourd’hui, les voici réduits à environ 1000 fidèles… Ces derniers auraient sans doute mérité plus de place dans ce livre. La partie concernant la religion est traitée en seulement trois pages au cœur desquelles ce qui a trait aux chrétiens est réduit à presque rien… Il conviendrait de rappeler néanmoins qu’au cœur de cette vie, les Eglises constituent des lieux sources d’éducation et de solidarité bénéfiques pour constituer un tissu social essentiel à la vie fraternelle et solidaire à Gaza, même si le nombre de leurs fidèles ne représente aujourd’hui qu’une infime minorité.

Ce livre de témoignages est une photographie de la réalité à partir des faits et de paroles d’hommes, de femmes et d’enfants qui, malgré la situation très critique, ne se laissent pas aller au désespoir. La photo proposée en couverture nous invite à cette espérance. Une petite fille intimidée qui n’ose pas encore trop sourire, mais qui invite à l’espérance. A lire et à partager.

Patrice Sabater, cm

18 avril 2018

Brigitte Challande, Véronique Hollebecque, Sarah Katz, Franck Mérat, Pierre Stambul, Annie Vera. Gens de Gaza. Vivre dans l’enfermement. DVD multilingue inclus. Ed. Riveneuve. Paris. 2017. 176 pages. 15 €