Jérusalem, trois fois sainte

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Dans le contexte géopolitique actuel au Proche-Orient, les Editions Desclée de Brouwer présentent un livre publié en 2016, sur Jérusalem comme lieu du désir, espace convoité mettant régulièrement sur le devant de la scène un imaginaire toujours plus exacerbé les trois confessions monothéistes.

Dans cet ouvrage chacun des trois auteurs (Marc-Alain Ouaknin, rabbin et Docteur en philosophie – spécialiste d’Emmanuel Lévinas, Philippe Markiewicz, moine bénédictin et Mohammed Taleb, philosophe algérien, spécialiste des questions relatives à l'environnement, de Droit des peuples et de spiritualité) expose son expérience personnelle de la Ville Sainte. L’expérience se veut concrète et fidèle aux textes de chacune des trois confessions. C’est

aussi, et cela n’étonnera personne, un regard à partir de sa foi en revenant aux racines spirituelles de ces lieux saints qu’ils revisitent. Ceux qui connaissent Jérusalem retrouveront des lieux, des sensations, des odeurs et l’écho de la prière qui monte vers Celui que chacun appelle par le Nom porté par sa Tradition. Trois regards pour une même ville tellement convoitée et disputée. Les auteurs ne sont pas, ici, en concurrence. Ce livre n’est pas un dialogue à proprement dit, mais il respire cette volonté de parler posément de ce qui fait vibrer au plus profond de son être spirituel, au creux de son humanité. Trois regards proposés au lecteur comme trois méditations à verser au titre du dialogue inter religieux. Quand on regarde ensemble vers un même, et que l’on essaye de porter plus haut son regard, il est inévitable que les sentiments se croisent et se renforcent en favorisant les lieux de dialogue pour la paix et la concorde ! « Tout ce qui monte converge », aimait dire le Jésuite Teilhard de Chardin. Ici, sans aucun doute, ce pari est réussi…

Marc Alain Ouaknin, Philippe Markiewicz et Mohammed Taleb n’abordent pas la dimension géopolitique liée à « la Ville Trois fois sainte ». D’autres ouvrages traitent savamment de ce sujet. Le sujet du livre est résolument plus spirituel. Le lecteur sera souvent entraîné dans les profondeurs des veines d’une cité qui porte en elle-même la profondeur des cris, des pleurs, des prières et des espoirs de deux peuples et de trois religions. On est pris aux tripes par certains mots, par certaines explications éclairantes. On est touché et bouleversé… par l’Autre. Les témoignages ont cette fonction de toucher celui qui acceptent d’entrer dans le mouvement d’altérité pour ne pas se cantonner à sa propre réalité spirituelle et à sa propre histoire. Le Frère Philippe Markiewicz évoque avec raison « nos racines » au cœur de « la pierre omniprésente dans tous les quartiers de la ville ancienne et moderne… Qu’a-t-elle de particulier, cette pierre, pour s’imposer ainsi à mon regard et à ma mémoire comme le signe de Jérusalem ? »Jérusalem perçut et nommée par la Bible et les chrétiens comme une mère… « Sion, notre Mère » (Ps 86,5) ne se laisse approcher que parce que le croyant apprend à marcher et à construire sa propre intériorité, sa propre demeure intérieure. Un temple nouveau est à construire qui nous plonge dans la Jérusalem physique, mais nous entraîne aussi dans cette Jérusalem céleste à laquelle chaque croyant est appelé à rejoindre un jour…, au dernier Jour. Marc Alain Ouaknin, quant à lui, nous dit que « Jérusalem nous arrache à l’existence ordinaire et nous porte vers un ailleurs, une autre manière d’être et de vivre… ». Des pierres, il est aussi question sur ces nombreux cimetières de Jérusalem, surtout ceux qui sont en attente du Messie sur le Mont des Oliviers…  Des pierres qui marquent un passage, une présence…, qui peuvent aussi être celles qui nomment ce terrible épisode qu’a vécu l’Humanité, et que fut la Shoah… Des pierres d’attente. Elles peuvent être aussi des pierres servant bien à autre chose au cœur de Yerouchalayim. Pour sa part, Mohammed Taleb nous rappelle la portée spirituelle pour l’Islam de la Ville Sainte : Al-Quds. « Ce à quoi j’aspire, dit-il au lecteur, à travers les pages qui suivent, c’est de mettre en pleine lumière l’islamité et l’arabité de la cité des prophètes, sa présence dans les lettres spirituelles de l’islam, sa radiance comme pôle de sacralité et d’excellence ». Elle est la troisième ville de l’Islam après La Mecque et Médine en raison de la venue d’Abraham sur le Mont Moriah et du sacrifice qui est célébré. En raison également de la venue de Mohammed et de sa montée dans les Cieux… Al-Quds est aussi le « lieu d’orientation de la première prière musulmane ». Et, cela nous étonnera sans doute que ce philosophe musulman puisse aborder la figure de Jésus, tel que le Coran le perçoit et le place au cœur de « l’eschatologie islamique », comme « un signe de la fin des Temps ». (pp 193-199).

Le livre ne donne aucune conclusion à cet ouvrage, et peut-être faut-il revenir à l’Avertissement du début de cet ouvrage pour retenir l’essentiel pour nous faire vibrer intérieurement pour ce qui pourrait être pour le Monde d’aujourd’hui une Annonciation, un Appel à lancer à ces deux Peuples et à ces trois religions de préserver cette Ville et de nous la donner concrètement et réellement comme un lieu d’espérance et de paix sur cette terre d’Orient. Le voulons-nous vraiment ? « Grâce à cet ensemble, les lecteurs pourront mieux saisir la complexité des couches spirituelles de cette ville dont la lumière reste un exceptionnel stimulant pour l’Esprit ». (p 7)

P. Patrice Sabater, cm

8 décembre 2017

Marc-Alain Ouaknin, Philippe Markiewicz et Mohammed Taleb, Jérusalem, trois fois sainte. Ed. Desclée de Brouwer, Paris 2016. 260 pages, 18,90 €