Jésus et les femmes

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Les femmes d’aujourd’hui, après des décennies de débat autour de leurs droits et de la recherche d’égalité avec les Hommes… Elles ont acquis leur indépendance et leur autonomie dans la société civile. On les retrouve dans les gouvernements ou comme Chefs d’Etat (Golda Meïr, Indira Gandhi, Margaret Thatcher, Angela Merkel,…), comme chefs d'entreprise. Elles sont souvent plus diplômées que les hommes. Cependant, les religions monothéistes restent des lieux où ce débat est encore en chantier.

La question de la place des femmes dans l’Église catholique reste un sujet encore d’actualité,  même s’il est vrai qu’on les voit dans nombre de postes à responsabilité dans les diocèses ou dans les mouvements  ecclésiaux. Dans certains secteurs des Eglises particulières, elles sont essentielles au bon fonctionnement de services, comme par exemple, la catéchèse. Néanmoins, le gouvernement de l’Eglise, l'enseignement et le culte restent réservés aux clercs. La participation dans des lieux de décision dans les arcanes du Saint Siège reste à la marge. C’est ainsi que le débat se polarise presque exclusivement sur la possibilité d'accès des femmes à l’ordination sacerdotale. Le Préfet de la Congrégation de la Foi faisant suite à des positions antérieures a précisé récemment que le débat était clos du fait de l’impossibilité à revenir sur des décisions théologiques et ecclésiales déjà débattues. Il rappelle fermement que « le Christ a voulu conférer ce sacrement aux Douze Apôtres – tous des hommes –, qui, à leur tour, le communiquaient à d’autres hommes ». Pourtant, Le christianisme avait révolutionné les mentalités en affirmant l’égale dignité des deux sexes aux yeux de Dieu cf. Ga 3,28): "Il n’y a plus ni juif, ni Grec, ni maître, ni esclave ; ni homme, ni femme. Vous n’êtes qu’un dans le Christ Jésus" ? Rappelons que le Droit commun Romain frappait « d’incapacité » la femme. La jeune fille passait de la tutelle de son père à celle de son mari ou restait sous la dépendance constante de l’homme de son père ou de l’homme de la famille. Cette situation juridique de la femme perdure dans de nombreuses sociétés et dans de nombreuses religions. Elles vivent « au pays des hommes ».

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C’est dans ce débat que se situe, pour une part seulement, le dernier livre d’Enzo BIANCHI - Fondateur de la Communauté monastique (mixte) de Bosé, en Italie : « Jésus et les femmes », publié aux Editions Bayard. Dans son avant-propos, l’auteur reprend succinctement le chemin de l’Eglise avant le Deuxième Concile du Vatican jusqu’à aujourd’hui. Il évoque à la fois deux saint Papes : Jean XXIII et Jean-Paul II.

L’auteur dresse un tableau rapide de la situation des femmes dans la Bible. Il expose et explique comment Jésus s’est comporté avec les femmes. Bien qu’entouré essentiellement d’hommes, Jésus ne refuse la présence des femmes qui le suivent à distance car elles n’avaient pas le droit de tout quitter pour suivre un Maître, tout comme le fit Lévi (Matthieu), par exemple. Il ne les repousse pas les femmes présentes aux moments cruciaux de son Ministère public. C’était sans précédent à l’époque. Jésus prend ainsi des distances avec l’establishment de l’époque. Se libérant du poids de la culture de l’époque, et de la Loi qui ne permet à l’Homme biblique de trouver une dignité ancrée dans la charité, Jésus pose des actes  novateurs. Il l’affirmera dans la synagogue de Nazareth. Il est aujourd’hui LA Loi; la Torah nouvelle. C’est ainsi qu’il pourra entrer en conversation avec les femmes qu’il rencontre lors de son ministère public : la femme qui souffrait d’hémorroïsse, la Syro-Phénicienne, la veuve de Naïn...  Sa Parole, au cœur des carcans d’une société empêtrée dans des certitudes et des coutumes qui désignent ce qui est bon ou non, ce qui est casher ou non, pur ou impur… Sa parole va au-delà. Elle se veut une parole de libération visant à une plus grande liberté... ; et sans doute à une plus juste égalité. Enzo Bianchi prend le temps de raconter ces rencontres dans une lecture des Evangiles synoptiques ainsi que dans l’Evangile de saint Jean.

L’auteur évoque aussi l’Apôtre des Gentils qui proclame des Temps nouveaux en précisant qu’il « n’y a plus mâle et femme, car vous tous n’êtes qu’un en Jésus Christ ». Il n’y a plus qu’Une seule humanité en Christ dépositaire des Paroles de Vie et destinataire du Royaume des Cieux (cf. pp 146 -153).  Cette Parole libératrice s’est heurtée au monde hellénistique, à la culture gréco-romaine, au judaïsme pharisien majoritaire.

Le fondateur de la Communauté de Bosé évoque la figure de Marie-Madeleine qui, depuis 2000 ans, a fait couler beaucoup d’encre. L’imagerie chrétienne la dépeint quasiment toujours comme une sempiternelle pleureuse, et celle qui a été pardonnée par Jésus « parce qu’elle avait beaucoup aimé… ». N’est-elle pas aussi, et surtout, l’Apôtre de la Résurrection « apostola apostolorum » (cf. page 11) ?!? Elle n’a pas été un sujet secondaire, « marginal et subalterne » (page 14)

Cet ouvrage nous instruit sur la « manière Jésus ». Il écrit dès les premières pages : « Observer les rapports, les relations qu’une personne tisse et cultive est l’une des manières les plus fécondes pour la connaître. La manière dont quelqu’un regarde les autres, les voit, choisit de s’entourer des uns plutôt que des autres, les amitiés et les affections qu’il vit, tout cela révèle beaucoup de la personne. Mieux connaître Jésus, c’est nécessairement en passer par l’analyse des relations qu’il a vécues : tout d’abord avec les disciples, qui ont partagé sa vie durant quelques années, mais aussi avec les malades (ses rencontres les plus nombreuses), et ceux qui furent ses adversaires. Comme tout le monde, Jésus a autant croisé et rencontré d’hommes que de femmes. Il devrait donc aller de soi de réfléchir aussi au rapport entre Jésus et les femmes présentes ou croisées dans sa vie et dans son ministère d’annonce du règne de Dieu ». (pp. 13-14) Son message est délivré uniformément aux hommes comme aux femmes ; pourtant, à son époque, l’enseignement religieux était destiné surtout aux femmes… Rappelons-nous deux mille ans après le film « YENTL » ! Une jeune femme juive s’affranchit de l’autorisation pour étudier dans une Yeschiva.

Les femmes et Marie, la Mère du Christ, sont donc présentes à la vie de Jésus. Elles se sont mises à l’Ecole de Jésus ; et Jésus a aussi appris d’elles… Une « Ecole des femmes », dans un autre contexte, comme aurait pu dire en son temps Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière ! Enzo BIANCHI évoque ces femmes de l’Evangile avec douceur et respect en donnant au lecteur un commentaire désaltérant et vivifiant. Dans le Livre des Actes des apôtres, les disciples – dit-il – ont une place de choix dans leur ministère d’annoncer le Règne des Cieux. Les femmes quant à elles  disparaissent après l’annonce de la Résurrection, et, « tombent dans le silence et l’oubli ». Pour l’essayiste italien, il conviendrait de faire de ces femmes de vraies disciples de l’Evangile, et non pas seulement des mères, des suiveuses ou des personnes de deuxième rang.

Le propos de son livre n’est pas de dire à l’Eglise ce qu’elle doit opérer comme choix nouveaux, et encore moins de dire s’il convient d’appeler les femmes aux ministères ordonnés, s’il faut créer à nouveau l’Ordre des Diaconesses. Sans doute le propos est-il davantage de permettre à l’Eglise de se repenser à l’aune des Evangiles en permettant une « nouvelle Pentecôte ». Les manières que Jésus a de s’adresser aux femmes ne sauraient tenir comme invitation ou inspiration pour asseoir une façon d’agir ou d’être en Eglise. Rendre compte de cette partie essentielle de l’humanité, du Salut et de l’histoire du monde paraît être plus dans « ses cordes ». 

La méditation paisible de cet ouvrage permettra au lecteur d’approfondir sa relation à Jésus, à l’Evangile et à la juste nécessité de faire de la Femme, à l’instar de l’Homme, une disciple à part entière… Bonne lecture !

Patrice Sabater, cm

Juillet 2018

Enzo BIANCHI, Jésus et les femmes. Editions Bayard. Paris, 2018. 166 pages. 18,90 €.