La maison aux orangers

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Un palestinien et une juive peuvent-ils s’aimer ? Telle est bien la question du roman de Claire HAJAJ, née à Londres en 1973 de parents palestinien et juif. Elle nous présente deux vies; la vie de deux enfants l’un arabe et l’autre juive.

Dans la capitale britannique, en 1967, le jeune Salim (Palestinien) rencontre Judit (juive). Personne ne mise sur leur possible union, sur leur possible désir de se découvrir ; et pourquoi pas de s’aimer. Que peut-on attendre d’une relation aux antipodes entre un Palestinien et une juive ? Pourtant, la force intérieure et le désir de construire ensemble des ponts pour assumer les choix qu’ils posent feront grandir cet amour. Mais voilà, quand on aime il faut épouser aussi la famille de l’autre, sa culture, le poids de l’histoire familiale, les peines et les joies, les traditions… On construit à deux à partir de deux chemins, de deux histoires et, en fin de compte, on reste toujours seul au plus profond de soi. Cette solitude nécessaire et exigeante féconde le chemin à parcourir. Il sera bon de revenir aux premiers émois et aux premiers souvenirs liés à son enfance ; et en ce sens l’auteur redouble de poésie et de douceur pour raconter l’enfance de Salim dans « sa maison aux orangers » de Jaffa qu’il quitte au début de la guerre en 1948, et celle de Judit, à Sunderland en Grande-Bretagne, au passé si lourd vécu au cœur des pogroms russes et des camps nazis. Les blessures de chacun d’entre eux seront le terreau de leur rencontre et de leur avenir. On n’y échappe pas ! Un cœur alors peut-il s’ouvrir devant tant de distances, de différences et de souffrances ?

Leur amour portera du fruit puisqu’ils auront des enfants qu’ils tenteront d’élever dans un esprit de paix, de neutralité, sans rien occulter. Mais, on n’y échappe pas !!! Le conflit israélo-palestinien est là. Chacun des deux amoureux est tiraillé entre son amour pour l’autre et son histoire faite de blessures, entre le désir de se donner et le poids familial, entre la recherche de paix et la peur qui fait mal aux entrailles de pouvoir un jour trahir les siens… Son Peuple, son espérance, sa soif de justice ? On n’y échappe pas… Leurs enfants seront-ils eux aussi pris dans les filets qui les dépassent ? Recevront-ils cette éducation au respect, à la neutralité qui ne veut juger ni plus l’un ni plus l’autre ? Leur vie est douce et amère comme les feuilles de l’oranger, douce comme le fruit et parfois juste un peu… acide. « Il (Salim) ferma les yeux et entendit la mélodie lointaine des voix qui, tels des échos du passé, s’insinuaient à travers les branches, libérées par le vent qui faisait frémir les feuilles et pénétrer le parfum des oranges dans la maison ».

Résultat de recherche d'images pour "La maison aux orangers"Le conflit est là. Présent, il se tapit dans un coin de leur vie toujours prêt à bondir et à décharger plus la haine que la paix, la fraternité et l’amour.

Dans ce roman aux allures poétiques et profondes, le lecteur trouvera les lieux d’ancrage de ce conflit israélo-palestinien qui tenaille les deux communautés en guerre. Les thèmes sont récurrents : l'enfance, la nostalgie, les questions autour du devenir, du déracinement, de la transmission, de la famille…

L’auteur nous emmène en Palestine, en Israël, en Angleterre, au Liban ainsi qu’au Koweït. Avec elle, nous savourons paysages et odeurs, et nous nous laissons porter. Claire HAJAJ vit cette histoire dans ses tripes. Elle raconte, en fait, ce qui fut sans doute un peu son histoire personnelle. Et il est vrai qu’aujourd’hui cette histoire se répète. De nombreux couples qui se forment doivent se rendre à Chypre pour célébrer leur union loin d’Israël et de Cisjordanie, loin de leurs familles où qu’elles soient. C’est un chemin difficile, mais peut-être est-ce un véritable pont juste nécessaire pour que la paix des cœurs puisse un jour permettre la paix tout simplement ! L’amour de ces deux fils d’une même terre sera-t-il le plus fort ? Parviendront-ils à dépasser ces « barrières » ? Un livre fort et bouleversant qui ne laissera pas le lecteur insensible. Un beau livre pour cet été.

Patrice Sabater, cm

Juillet 2018

Claire HAJAJ, La maison aux orangers. Editions Les Escales. Paris, mars 2018. 394 Pages. 21,90 €