La révolution arabe, Espoir ou illusion ?

Revolution arabe

Le livre de Zakya Daoud n’est certainement pas à lire au moment du thé ! Dans un peu moins de 400 pages, l’auteur balaye plus de deux siècles d’histoire écrite sur les deux rives de la Méditerranée. Deux siècles liés au monde arabo-musulman. La révolution arabe, d’ailleurs, commence sur la rade de Toulon le 19 mai 1798 où le jeune Bonaparte s’apprête à rejoindre l’Egypte... L’Occident va découvrir l’Orient et s’en enticher. Ce sera aussi le début de « l’orientalisme ». L’Orient, une mode ? On le peint. On l’évoque. On écrit sur lui. Des écrivains célèbres y séjournent... Le considère t-on ? Que dit-on de lui et de ses habitants ? Les deux rives de la Méditerranée s’interrogent. L’une des deux se sent flouée, rejetée et déconsidérée. Pour comprendre et expliquer d’où vient ce que nous appelons « les Printemps arabes », l’auteur nous propose sa lecture des faits jusqu’à l’apparition de l’État Islamique. Pour autant, une question me brûle les lèvres. Pourquoi Zakya Daoud n’a-t-elle pas commencé son ouvrage au moment de la conquête de l’Espagne ou de la chute d’Al Andalus ? Pourquoi ne pas faire débuter cet ouvrage au moment de la chute de Jérusalem, de la période du sac de Constantinople ou devant les portes de Vienne ? Le choix de l’entrée de Bonaparte en Egypte, en tout cas pour ce qui est de la France et de la naissance de l’Orientalisme, n’est sans doute pas anodin !

De profonds bouleversements ont changé le Bassin méditerranéen, l’Europe et le Proche-Orient : démantèlement de l’Empire ottoman, expansions coloniales, troubles et guerres postcoloniales, les deux conflits mondiaux et la création politique de l’Etat d’Israël en 1948... Neuf chapitres, une table des matières, un index des noms propres, un repère chronologique, et de nombreuses notes sont nécessaires au lecteur s’il veut entrer un tant soit peu dans cette histoire complexe faite de fractures et d’étapes décisives. Le lecteur y trouvera un début de compréhension, si ce n’est de réponse, en ce qui nous semble être un océan sans fond... Si Zakya Daoud évoque avec intelligence l’ensemble de cette période en pointant le rôle essentiel de la « Nahda » comme lieu de la renaissance arabe, elle ne fait en revanche aucun droit à l’implication de la partie chrétienne arabe dans cette évolution et dans cette prise de conscience. Le parti pris de l’auteur est de relire cette histoire en expliquant ce qui a été déterminant dans l’émergence de ces « révolutions arabes ». Elle aborde cette histoire uniquement par le biais de la pensée des arabes musulmans souffrant d’un désenchantement vivace en face de leurs sociétés et à l’Occident. Le monde Arabe justement n’est guère monolithique. Au cœur de la déferlante des révolutions, les chrétiens ont été, autant que d’autres, acteurs et victimes de ces années de feu. Au moment où l’on essaye de faire acte de mémoire, ne serait-il pas aussi urgent de donner de « l’espoir » à l’ensemble des populations arabes..., à moins que ce ne soit qu’illusion ?

L’auteur a raison de dire, qu’il est sans doute trop tôt pour faire un premier bilan de ces « Printemps arabes », et l’on aura raison de souscrire à ce qu’elle annonce en fin d’ouvrage : « Espérons qu’on en finisse enfin avec les batailles perdues avant d’être menées ». Il reste à construire ce monde nouveau...

Père Patrice Sabater Pardo, cm

Le 18 janvier 2016

Zakya Daoud, La révolution arabe : espoir ou illusion ? : 1798-2014. Ed. Perrin, Paris mars 2015  24 €