Oser l'hospitalité

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Thé ou café ? Tels sont souvent les premiers mots de l’accueil au Proche-Orient et au Maghreb. C’est le geste le plus spontané et commun qui soit. Savoir accueillir un hôte sous sa tente ou dans sa maison et lui offrir un verre d’eau, lui laver les mains renferment déjà la promesse d’une rencontre. Chez les bédouins, l'hospitalité a une dimension sacrée. Thé ou café ? Une question qui a l’air simple et évidente, mais est-ce si vrai que cela ? Est-elle seulement et avant tout une pratique sociale commune et répandue partout ? Est-on « hospitaliers » de façon innée ? L’hospitalité semble désigner la manière dont on se conduit avec l’Autre, avec celui qui vient chez moi, sous ma tente comme sous la tente d’Abraham. Nous le savons, la dimension hospitalière est au cœur de l’expérience biblique  et, tout particulièrement, chez les prophètes. Elle est surtout liée à l’Etranger.

« Il faut oser l’hospitalité », qui apparaît comme un devoir, une règle de civilité universelle... Telle est le titre du livre de Claudio MONGE et de Gilles ROUTHIER, publié aux Editions Bayard. Ces deux auteurs nous plongent au cœur de la réflexion, de la vie et du don de deux hommes épris de l’Autre, du frère qui vient au cœur d’une autre culture et d’une autre religion : Mgr Pierre CLAVERIE, op (évêque d’Oran) et le Frère Christian de CHERGE, ocso (Prieur du monastère de Tibhirine). Tous deux ont ouvert un espace pour la rencontre, l’amitié et le partage. L’hospitalité suppose des règles de conduite et des obligations implicites. Le nouveau venu dérange un ordre établi, et nous oblige à repenser à nouveaux frais son (mon) identité, son (mon) accueil, et sa place au milieu de nous. L’hospitalité laisse une place à l’inconnu, à l’étranger, au pèlerin, au voyageur… Avec lui se noue, de fait, une culture de la relation entre deux termes, entre deux personnes, et souvent entre deux cultures. Elle ouvre les deux partenaires à une interaction sociale ; mais également à une éthique et une théologie chrétienne de l’hospitalité. Cet accueil semble dire à l’étranger, qui est mon hôte dans une relation d’accueil, qu’il n’est pas un ennemi mais un frère,… un ami. « Lorsqu’on va dans un pays étranger avec le désir véritable de connaître, il faut se laisser guider pour en découvrir les coutumes, les habitudes alimentaires, la manière de se saluer, etc. Il faut accepter d’entrer dans la culture de l’autre. Eh bien, la mission à la suite du Christ se vit aussi dans un « déplacement ». En effet, se laisser accueillir par l’autre, c’est s’ouvrir à sa culture, à ses centres d’intérêts ; accepter de recevoir quelque chose de l’autre, y compris l’Evangile ; consentir à être l’hôte de ses frères. » (page 10)

Au cœur de cet essai, les auteurs nous proposent un chemin de vie à la suite des deux martyrs de la Charité. Ils tracent ce chemin dans les premières pages de l’ouvrage : « Dans ce petit livre écrit à quatre mains, nous voulons revenir sur  le témoignage de ces deux hommes, sur lesquels on a déjà beaucoup écrit, mais avec une perspective très particulière, celle de l’hospitalité (…) Par le témoignage de Christian et de Pierre, on découvre que vivre l’hospitalité c’est, entre autres, héberger dans l’humilité les questions de nos contemporains, sans prétendre d’emblée avoir des réponses à ces questions, mais aussi le faire avec « compassion » qui est passion pour les visages réels, fruit de la rencontre : passion qui ne fera jamais l’économie de l’échec et du mal. Voilà la méthodologie d’un dialogue qui est tout sauf une stratégie ; l’angélisme ou la naïveté n’y ont pas leur place. » (pages 12, 13)

Après une longue introduction pour définir le cadre et les termes employés, les deux auteurs nous proposent les traits saillants  et intérieurs de deux vies données, de deux chrétiens qui ont été les hôtes de l’Algérie. Ils ont pris la position de « l’étranger domicilié », vivants « désarmés » comme Jésus sur la paille, « Dieu aux mains nues » qui n’est puissant que dans sa dimension fraternelle d’accueil. « Parcours exigeant, à l’image de celui du Verbe qui se dépouille et s’enfouit dans l’humanité. Parcours à travers lequel « Le Verbe s’est fait FRERE ! », suivant la belle expression de Christian (de Chergé). On n’insistera jamais sur la difficulté de devenir frère. » (page 122)

Un livre qui ne laissera pas insensible à l’heure où la question de l’étranger, des flux migratoires et de l’accueil de l’étranger se pose à nouveau avec vigueur. Temps des identités et temps de l’altérité. Avec bonheur et justesse, ces deux auteurs nous proposent deux vies exceptionnelles pour notre Temps. Laissons-nous prendre par la main et nous laisser conduire sous la tente de la rencontre ; et soyons les hôtes de mon frère, différent et même, qui veut être mon Ami. A lire…, et à offrir !

Patrice SABATER,

Décembre 2019

Claudio MONGE et Gilles ROUTHIER OSER L’HOSPITALITE, à l’école de Pierre Claverie et Christian de Chergé. Editions Bayard. 130 pages. 17,90 €