L’ancêtre commun aux trois religions monothéistes pourrait faire se réconcilier un Moyen-Orient en proie à des guerres dévastatrices qui durent depuis plus d’un siècle. C’est la proposition du P. Patrice Sabater dans son dernier ouvrage La terre en Palestine/Israël.

Livre Patrice Sabater
Comprendre le rapport à la terre est sans doute un des seuls moyens pour trouver un remède à la question moyen-orientale. En s’appuyant dans son dernier ouvrage sur le cas spécifique du conflit israélo-palestinien, le P. Patrice Sabater, prêtre lazariste et anciennement incardiné dans le diocèse de Montpellier, fait de la terre le cœur de son sujet. La terre en Palestine/Israël est une vérité à deux visages.

Le déracinement

Le premier mérite de l’ouvrage est d’écarter les réalités religieuses comme étant aux fondements des conflits du Moyen-Orient. C’est bien la terre, l’arrachement des peuples à celles-ci, la valse des populations, les migrations, qui rendent chaque année la situation encore plus inextricable. Les motivations religieuses sont des prétextes. Le souci d’un territoire, la quête d’une identité, condition d’existence d’un individu, d’un peuple, fondent le conflit israélo-palestinien. Il est évident que ce dernier, même s’il apparaît aujourd’hui dépassé et occulté par la menace Daesch, est aux fondements de la crise moyen-orientale. L’incapacité des belligérants et de la communauté internationale à y porter remède rend cette rivalité contagieuse pour l’ensemble d’une région en mal d’identité. Les blessures sont irréparables : « On a fait de cette région un hôpital psychiatrique à ciel ouvert. Les plaies des blessures de chacun des deux peuples ne se cicatrisent pas, explique le P. Patrice Sabater. Le conflit a une portée émotionnelle telle qu’on assiste à une surenchère de la guerre ».
Les Juifs ont été déracinés plusieurs fois. Leur ré-enracinement sur la terre de Palestine en 1948 a contribué au déracinement massif de ceux qui y vivaient déjà. Ces nouveaux déracinés vivent sans identité sur d’autres terres étrangères à proximité comme le Liban, ou la Syrie, terres qu’ils ont ou vont inévitablement quitter en raison de la guerre qui s’y propage. Cela forme des personnes sans identité juridique et morale. Le Moyen-Orient comme gigantesque terre nomade. Ainsi le P. Patrice Sabater écrit dans son livre :



 

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« Il ne suffit pas ici de déterminer quels sont les seuils de l’identité, les degrés d’appartenance, mais sans doute de fixer dans notre étude – et notre regard – tout ce qui est souffle, un rapport aux sens, à la famille, à sa religion..., et à sa terre devenant le lieu même de son appartenance ancrée dans une histoire familiale et culturelle. Aussi, les blessures infligées à l’homme sur sa terre, en raison de ses origines ou de sa religion, demeureront pour toujours comme autant d’humiliation et de désir de retrouver les lieux identitaires perdus. Tous ceux qui seront marqués par cette tragédie intérieure s’encourageront solidairement pour porter ensemble communautairement la volonté du « retour » ; tels par exemple, les Palestiniens. » (p. 109)



 

Voilà pourquoi l’émigration est le risque de propager toujours plus le conflit et de participer à la désertification des pays du Moyen-Orient. L’installation des migrants en Europe, malgré tout l’engouement compassionnel que cela suscite, ne peut être qu’une solution temporaire en raison de la guerre, ce sur quoi insistent les patriarches chrétiens du Moyen-Orient : « Il faut accueillir pour permettre à ces gens de pouvoir repartir une fois le conflit terminé, ajoute le P. Sabater. On ne peut pas voir tout l’Orient chrétien transvaser d’un continent à l’autre de cette manière sans réagir. » C’est bien en Orient que la communauté internationale doit agir, avant que, comme le prédisent les Patriarches orientaux, la civilisation ne disparaisse là-bas. Il faut considérer ces mouvements de population et la nécessité de leur accueil qu’en prenant considération de la parole prophétique du Pape François, lors de son voyage pastoral à Sarajevo en juin dernier, lorsqu’il parla de la « troisième guerre mondiale livrée par morceaux ».

L’espérance de la paix

Le livre approfondit ce rapport charnel des orientaux à la terre à travers le prisme de la Palestine et d’Israël. Le P. Patrice Sabater revient aux sources bibliques et aux interprétations chrétiennes, juives et musulmanes, il s’interroge sur les représentations culturelles, théologiques et sociopolitiques, il plonge dans le passé pour nous rendre compte au présent des réalités et proposer une issue pleine d’espérance pour l’avenir. Car, devant ce constat très pessimiste qu’il dresse des réalités géopolitiques du Moyen-Orient, il propose une solution à travers la figure d’Abraham, ancêtre commun aux trois religions monothéistes, idée qui lui vient de saint Jean-Paul II lors de son voyage en Terre Sainte en 2000 : « Le Pape, écrit-il, est revenu également sur le fait qu’Abraham avait besoin – comme tout homme – d’être pleinement accueilli et c’est ainsi que, comprenant par le cœur cette nécessité impérieuse, il devient lui-même l’homme de l’hospitalité au chêne de Mambré (Gn 18, 1-8). Il ouvre sa tente. Il accueille. Il dialogue. » (p. 315-316). Et les chrétiens, parce qu’ils ne défendent aucune terre à la différence de leurs coreligionnaires juifs et musulmans, ont sans doute le rôle le plus crucial à jouer dans le processus de paix au Moyen-Orient. Faire en sorte qu’ils ne fuient pas leur pays est vital si l’on souhaite qu’un jour cette « troisième guerre mondiale » déjà commencée cesse.

P.-E.M.

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L’ancêtre commun aux trois religions monothéistes pourrait faire se réconcilier un Moyen-Orient en proie à des guerres dévastatrices qui durent depuis plus d’un siècle. C’est la proposition du P. Patrice Sabater dans son dernier ouvrage La terre en Palestine/Israël.

Comprendre le rapport à la terre est sans doute un des seuls moyens pour trouver un remède à la question moyen-orientale. En s’appuyant dans son dernier ouvrage sur le cas spécifique du conflit israélo-palestinien, le P. Patrice Sabater, prêtre lazariste et anciennement incardiné dans le diocèse de Montpellier, fait de la terre le cœur de son sujet. La terre en Palestine/Israël est une vérité à deux visages.

Le déracinement

Le premier mérite de l’ouvrage est d’écarter les réalités religieuses comme étant aux fondements des conflits du Moyen-Orient. C’est bien la terre, l’arrachement des peuples à celles-ci, la valse des populations, les migrations, qui rendent chaque année la situation encore plus inextricable. Les motivations religieuses sont des prétextes. Le souci d’un territoire, la quête d’une identité, condition d’existence d’un individu, d’un peuple, fondent le conflit israélo-palestinien. Il est évident que ce dernier, même s’il apparaît aujourd’hui dépassé et occulté par la menace Daesch, est aux fondements de la crise moyen-orientale. L’incapacité des belligérants et de la communauté internationale à y porter remède rend cette rivalité contagieuse pour l’ensemble d’une région en mal d’identité. Les blessures sont irréparables : « On a fait de cette région un hôpital psychiatrique à ciel ouvert. Les plaies des blessures de chacun des deux peuples ne se cicatrisent pas, explique le P. Patrice Sabater. Le conflit a une portée émotionnelle telle qu’on assiste à une surenchère de la guerre ».
Les Juifs ont été déracinés plusieurs fois. Leur ré-enracinement sur la terre de Palestine en 1948 a contribué au déracinement massif de ceux qui y vivaient déjà. Ces nouveaux déracinés vivent sans identité sur d’autres terres étrangères à proximité comme le Liban, ou la Syrie, terres qu’ils ont ou vont inévitablement quitter en raison de la guerre qui s’y propage. Cela forme des personnes sans identité juridique et morale. Le Moyen-Orient comme gigantesque terre nomade. Ainsi le P. Patrice Sabater écrit dans son livre :

P. Patrice Sabater

« Il ne suffit pas ici de déterminer quels sont les seuils de l’identité, les degrés d’appartenance, mais sans doute de fixer dans notre étude – et notre regard – tout ce qui est souffle, un rapport aux sens, à la famille, à sa religion..., et à sa terre devenant le lieu même de son appartenance ancrée dans une histoire familiale et culturelle. Aussi, les blessures infligées à l’homme sur sa terre, en raison de ses origines ou de sa religion, demeureront pour toujours comme autant d’humiliation et de désir de retrouver les lieux identitaires perdus. Tous ceux qui seront marqués par cette tragédie intérieure s’encourageront solidairement pour porter ensemble communautairement la volonté du « retour » ; tels par exemple, les Palestiniens. » (p. 109)



 

Voilà pourquoi l’émigration est le risque de propager toujours plus le conflit et de participer à la désertification des pays du Moyen-Orient. L’installation des migrants en Europe, malgré tout l’engouement compassionnel que cela suscite, ne peut être qu’une solution temporaire en raison de la guerre, ce sur quoi insistent les patriarches chrétiens du Moyen-Orient : « Il faut accueillir pour permettre à ces gens de pouvoir repartir une fois le conflit terminé, ajoute le P. Sabater. On ne peut pas voir tout l’Orient chrétien transvaser d’un continent à l’autre de cette manière sans réagir. » C’est bien en Orient que la communauté internationale doit agir, avant que, comme le prédisent les Patriarches orientaux, la civilisation ne disparaisse là-bas. Il faut considérer ces mouvements de population et la nécessité de leur accueil qu’en prenant considération de la parole prophétique du Pape François, lors de son voyage pastoral à Sarajevo en juin dernier, lorsqu’il parla de la « troisième guerre mondiale livrée par morceaux ».

L’espérance de la paix

Le livre approfondit ce rapport charnel des orientaux à la terre à travers le prisme de la Palestine et d’Israël. Le P. Patrice Sabater revient aux sources bibliques et aux interprétations chrétiennes, juives et musulmanes, il s’interroge sur les représentations culturelles, théologiques et sociopolitiques, il plonge dans le passé pour nous rendre compte au présent des réalités et proposer une issue pleine d’espérance pour l’avenir. Car, devant ce constat très pessimiste qu’il dresse des réalités géopolitiques du Moyen-Orient, il propose une solution à travers la figure d’Abraham, ancêtre commun aux trois religions monothéistes, idée qui lui vient de saint Jean-Paul II lors de son voyage en Terre Sainte en 2000 : « Le Pape, écrit-il, est revenu également sur le fait qu’Abraham avait besoin – comme tout homme – d’être pleinement accueilli et c’est ainsi que, comprenant par le cœur cette nécessité impérieuse, il devient lui-même l’homme de l’hospitalité au chêne de Mambré (Gn 18, 1-8). Il ouvre sa tente. Il accueille. Il dialogue. » (p. 315-316). Et les chrétiens, parce qu’ils ne défendent aucune terre à la différence de leurs coreligionnaires juifs et musulmans, ont sans doute le rôle le plus crucial à jouer dans le processus de paix au Moyen-Orient. Faire en sorte qu’ils ne fuient pas leur pays est vital si l’on souhaite qu’un jour cette « troisième guerre mondiale » déjà commencée cesse.

P.-E.M.