« Après cinq années de souffrance, nous espérons la Paix »

Alep était connue pour sa prospérité et le bien-être de ses habitants. Aujourd’hui, c’est une désolation. Pendant cinq ans, notre ville fût le théâtre d’affrontements terribles. Pendant des mois, elle fût assiégée, coupée du reste du monde.

Nos institutions, nos écoles, nos maisons, nos églises sont ravagées. Les usines et les commerces, détruits. Ces secteurs employaient plus d’un million de travailleurs. Les gens sont sans travail. L’eau manque. Le courant électrique est coupé.

A chaque lever de soleil, innombrables sont les difficultés vitales qui assaillent les habitants d’Alep, ville huit fois millénaire. Impossible d’énumérer toutes leurs souffrances, ni celles des chrétiens, présents depuis les premières années du christianisme. Avant cette guerre, ils étaient 160 000. Il en reste moins de la moitié, presque tous dans l’indigence extrême.

De nombreux pères de familles nous sollicitent pour les trouver du travail. Notre mouvement «Bâtir pour Rester» a lancé une formation professionnelle aux métiers du bâtiment, en vue de la reconstruction attendue après la guerre. Il aide à restaurer logements, ateliers, magasins. Il offre des prêts aux jeunes qui se lancent dans une activité qui leur permettra d’élever une famille dignement.

De plus en plus de parents n’arrivent plus à subvenir aux besoins de leurs enfants. Notre caisse d’urgence soutient 500 familles. Chaque mois 1.200 familles reçoivent un panier alimentaire. En deux ans, 2.700 élèves ont bénéficié de bourses scolaires. Nous faisons tout pour que nos écoles, seul espoir pour l’avenir, continuent leur mission éducative et culturelle.

Nos couvents et nos institutions accueillent une centaine de familles déplacées qui n’ont plus de maison. Nous en aidons d’autres à payer leurs loyers ou leurs emprunts pour qu’elles puissent rester chez elles. Dans ces circonstances pénibles, beaucoup ne peuvent plus se soigner. Notre dispensaire répond aux besoins urgents et distribue des médicaments. Nous espérons inaugurer un Centre de Jour pour éviter, si possible, l’hospitalisation.

L’eau n’arrivait plus dans les maisons à cause du siège de la ville. Nous avons foré des puits et organisé la distribution d’eau à de nombreuses familles grâce à cinq camionnettes-citernes. Plus de 300 familles pauvres n’avaient pas de citerne pour stocker l’eau, nous leur en avons construit dans leurs balcons et les ravitaillons tous les 15 jours. De jeunes volontaires livrent des bidons d’eau aux anciens. Ils organisent des fêtes pour remonter le moral des gens : théâtre, récitals, rallyes sportifs…

A cause de tout ce qui se passe dans le pays et de leur précarité, nos jeunes foyers n’ont plus le courage d’avoir des enfants. Nous leur proposons de prendre en charge les frais d’accouchement et les dépenses jusqu’ à 4 ans… Déjà 70 bébés sont nés. Quel beau signe d’Espérance !

Nous avons lutté pour rester sur le sol de notre chère patrie malgré le terrorisme et ses violences. Nous avons résisté à l’assaut d’une campagne médiatique sauvage et à une propagande malicieuse qui nous harcelaient jour après jour pour partir. Nous avons grand espoir que la tempête dévastatrice qui frappe notre pays, ne durera plus longtemps, et qu’avec la grâce de Dieu, la Paix reviendra en Syrie. Nous sommes prêts à aider ceux qui le désirent à retourner dans leur ville bien aimée pour la reconstruire et édifier un pays moderne, empreint de cordialité et d’entente fraternelle entre les citoyens de ce pays très éprouvé par la guerre.

Mgr Jean-Clément JEANBART, Archevêque melkite grec-catholique d'Alep (Syrie)

Alep, le 7 avril 2016

Mgr jeanbart 2

 

Chers amis,

Vous savez déjà, sans doute, que pendant trois ans nous avons pu aider mensuellement quelques 1600 familles en leur offrant chaque mois des paniers alimentaires. Ce service qui était en  partie subventionné par Caritas et la Croix Rouge, se trouve actuellement entravé par l’arrêt du programme alimentaire destiné aux résidents, non déplacés de la ville. Ce qui nous laisse, nous et nos pauvres fidèles dans un grand désarroi.

Nous avons étudié la question avec les personnes en charge dans nos centre de distribution et nous avons abouti à la conclusion suivante : l’arrêt, que nous n’avons point cherché, de cette aide nous décharge d’un lourd fardeau, tout en libérant les nombreux locaux que nous avions bloqué à cet effet dans les salles d’activité pastorale de nos différentes paroisses. Mais en même temps, nous nous sentons obligés de ne pas laisser pour compte un certain nombre de familles qui se trouvent dans une situation financière très critique et qui attendaient chaque mois avec anxiété l’arrivée de leurs paniers qui représentent en fait une bonne partie de leur besoins alimentaires essentiels. Ce qui nous a portés à considérer la continuation de cette aide à 300 des plus besogneuses de nos familles. Mais pour cela, il nous faut bien entendu trouver les fonds nécessaires. Voudriez-vous nous y aider ?

Les responsables de ce programme nous disent qu’il faut compter un minimum de 25 euros par famille, pour remplir un panier, ce qui représente 7500 euros mensuellement, pour les 300 familles. Etant donné l’importance de cette aide pour la survie de ces familles, le diocèse veut faire un effort et essayer de prélever dans ses économies, déjà modestes l’équivalent de 2500 euros mensuellement, ce qui fait qu’il nous faut trouver 5.000 euros par mois pour ne pas arrêter ce programme de grande utilité. Faites, je vous en prie, quelque chose pour nous aider à secourir ces familles pour les trois ou quatre mois qui viennent. Nous avons grand espoir que d’ici là, la guerre va s’arrêter et les gens iront travailler pour nourrir leurs enfants ! Mais en attendant de grâce, ayez la bonté de nous aider à les secourir. S’il vous est difficile de nous aide en nous donnant 20.000 euros pour les 4 mois donnez-nous au moins de quoi avancer dans les trois mois qui viennent, en attendant que nous puissions trouver le reste ailleurs.

Je vous remercie d’avance pour ce que vous voulez bien faire à l’intention de nos pauvres fidèles.

Mgr Jean-Clément JEANBART, Archevêque melkite grec-catholique d'Alep (Syrie)

Alep, le 18 janvier 2016